CHAHAB du 16 février au 16 mars 2019

affiche chahab copie

Poussières, terres, pigments d’orient et d’Afrique s’entremêlent au gré des vents migratoires et aléatoires sur la toîle de l’artiste iranien Chahab qui vient de terminer une résidence d’un mois dans le Sine Saloum. Il connaît bien le Sénégal pour y avoir fait précédemment une résidence à la Galerie Arte de Saint-Louis en 2017.

Chabab s’est inspiré cette fois des méandres du delta, de la terre, de la faune sénégalaise et toujours de la poésie d’Omar Kayyam chère à son coeur. 

Il expose ses oeuvres à la Galerie Arte de Dakar pour la deuxième fois.

CATALOGUE

texte de Sylvain Sankalé :

LETTRES PERSANES

CHAHAB nous dépeint le Sénégal tel qu’il le voit et se le représente après deux séjours dans notre pays. Ce n’est pas un hasard si ces lieux de résidence se situent là où les fleuves, moyens par excellence de contact, de remontée, de pénétration, rencontrent la mer !

Sa vie entière s’est faite de ces rencontres, de ces échanges, de ces croisements venus fertiliser par leur limon, une nature déjà très ouverte aux souffles qui sillonnent le monde.

Né en Iran, ce carrefour entre l’Europe et l’Asie, d’un père originaire du Caucase et d’une mère persane, il a, devenu adulte, parcouru les territoires de la formation artistique. De Nice à Marseille, en passant par Aix en Provence, sans préjudice d’un crochet par Amsterdam, il a pu acquérir, en plus d’un Diplôme national supérieur d’expression plastique, une connaissance approfondie de ces arts dits « mineurs » que sont la gravure, la lithographie, la sérigraphie et la céramique.

Plus tard, il a établi ses dieux Lares dans le Béarn, à Nay près de Pau, dans le sud-ouest de la France et a entrepris le vaste chantier de transformer une ancienne minoterie, devenue La Minoterie, en lieu de culture, tout à la fois lieu de travail et lieu d’exposition, lieu de rencontre et lieu de conservation, lieu d’expériences esthétiques et techniques et lieu de rêveries.

Sa création lui ressemble, universelle, généreuse, elle emprunte à toutes les techniques et toutes les civilisations, dans une créativité sans cesse renouvelée et nourrie des expériences et des découvertes, souvent fortuites, qui émaillent son parcours. Gravure, lithographie, sculpture, peinture, fonte à la cire perdue, il n’hésite pas à jouer –et se jouer- des matières et des couleurs, en un éblouissant kaléidoscope.

De ses origines persanes, on retrouve le travail tout en miniature et en détail, la dimension relativement réduite des œuvres, la finesse, comme en dentelle, de certains bronzes ou de certaines applications sur ses toiles ou ses panneaux de bois.

Et puis cette écriture naskh, dans ses versions ordinaire ou plus élaborée, ornée de dentelures et complétée par des tachdid ou des hamzé, signes de ponctuation et de prononciation qui nous sont mystérieux, qui court à la surface des œuvres comme autant de lettres d’amour ou du désert, de la mer ou de la nuit.

On ne peut que s’émouvoir de la profondeur de ces pigments à la matière généreuse et à la palette éclatante, de ces minéraux qui donnent une forme d’onctuosité gourmande et précieuse à  cette œuvre d’exception.

Comme les trente survivants de la Conférence des oiseaux du mystique persan Farid al-Din’Attâr, l’artiste nous conduit à travers son œuvre, au terme de tout un périple, jusqu’à l’oiseau Sîmorgh, phénix éternellement renaissant.

Sylvain Sankalé